De l’Europe à la NBA : interview de Bogdan Bogdanovic

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Interview traduite du Serbe par Marko, un fidèle follower de Sacramento Kings France.

Après sa seconde saison en NBA sous le maillot des Sacramento Kings, Bogdan Bogdanovic est arrivé à Belgrade et c’était l’occasion idéale pour le joueur de 26 ans de faire part de son état d’esprit.

Après 4 excellentes saisons sous le maillot du Partizan puis 3 très bonnes saisons sous le maillot du Fenerbahce, Bogdanovic a décidé de faire le grand pas et de passer en NBA. Dans sa saison rookie, ses Kings n’étaient pas des concurrents mais cette année ils ont dépassé tous les pronostiques en gagnant 40 matchs et en finissant à la 10ème place à l’ouest, pendant que Bogdan pointait en moyenne à 14,1 points, 3,5 rebonds et 3.8 passes.

Dans une interview pour Sport Klub, il a parlé de la différence entre la NBA et l’Europe ainsi que du différent style de basket, de l’argot dont il faut s’habituer et du nouveau style de vie.

Il a aussi abordé la période compliquée ou il a du lutter contre les blessures en début de saison. Il a aussi mentionné l’équipe nationale, James Harden, Lou Williams, les Warriors mais aussi d’autres facettes de la vie des joueurs de la NBA, la valeur des statistiques et des réseaux sociaux.

Je pense que notre interview va nous emmener sur plein de sujet mais commençons par ta saison aux Kings, ta blessure de début de saison, tes meilleurs et tes mauvais moments. Quel est ton auto-évaluation ?

Jamais même quand j’avais ma meilleure saison je n’était entièrement satisfait. J’ai toujours pensé que je peux mieux et que je ne connais pas mon maximum. Cette blessure m’a un peu désarçonné, surtout à cause de la manière dont je devais me rattacher à l’équipe car jamais avant ça je n’avais eu un temps de jeu limité mais aussi un changement de rôle au sein de l’équipe. Il y a eu beaucoup d’oscillation à cause de l’adaptation mais collectivement on était bon avec 40 victoires et je suis quelque peu satisfait.

Je voulais justement te demander à propos de ton rôle ou plutôt tes rôles dans le roster. Tu étais starter, 6ème homme, tu jouais ailier mais aussi playmaker, tu as du aussi te décaler en 3. Quel était l’impact, quel était la difficulté de t’adapter quand on te demande quelque chose de nouveau ?

Je pense que je me suis adéquatement adapté à chaque changement, j’ai joué de 1 jusqu’à 4 parfois. J’ai toujours été capable de couvrir plusieurs positions, ce sont mes capacités et l’entraineur a voulu en profiter. Peut-être qu’il y avait un impact sur l’adaptation et sur le jeu mais je pense que je me suis bien débrouillé.

Généralement en NBA, c’est plus dur qu’en Europe car on regarde plus les statistiques personnelles, j’étais bon aussi dans les stats mais j’ai le sentiment que j’aurais pu être meilleur si je n’avais pas du jouer avec une temps de jeu limité au début de la saison. Le système est ainsi fait que les joueurs sont payés sur la base des stats, c’est pour ça qu’elles sont poursuivies (par les joueurs).

De plus ma mentalité est telle que je désire uniquement gagner, lorsque je jouais avec un temps limité on gagnait et j’ai pris sur moi pour qu’on continue de gagner. J’avais un peu peur de faire stagner l’équipe ou de la pousser dans la mauvaise direction. J’aurais alors trouvé le fautif en moi. Surtout qu’après mon retour nous avons perdu 3 matchs de suite mais c’étais les Raptors, Lakers et Warriors, 3 matchs compliqué.

Entre temps, tout est retourné à sa place, comme je l’ai dit, je me suis débrouillé et intégré correctement.

Les médias US disent souvent que tu étais la voix de la raison aux Kings lors de ta saison rookie.

J’ai été éduqué à jouer comme ça et je n’arrive pas à changer ma manière de jouer à 180°. Je peux être plus agressif, je peux arriver à marquer plus facilement, mais dans l’équipe je suis avec beaucoup de jeunes joueurs, et la jeunesse est assez spécifique, tu cherches à te montrer et démontrer, je le comprends aussi comment c’est. Mais mon jeu collectif est reconnu en NBA et c’est ce qui m’a amené ici et pas des chiffres (ndlr stats). Je pense que ma qualité augmente simultanément en fonction de l’importance du match.

Quand tu veux gagner, tu dois savoir reconnaitre ce que le coéquipier aime ou n’aime pas. Dans quelle situation tu dois l’amener et laquelle éviter. Cette philosophie de jeu je l’ai développer avec Zeljko Obradovic. Là ou tu fais attention à tout et tu réfléchis tout en même temps car le basket est un sport collectif.

Au USA c’est un peu différent car la NBA est plus forte, tu dois constamment discuter en équipe pour qu’on se comprenne et que c’est la méthode la plus efficace pour atteindre un résultat voulu. Je suis certain que ça sera comme cela aussi à l’avenir.

Tu dis pouvoir être plus agressif dans certains contextes. Quel contexte préfères-tu et quelle action aimes-tu qu’on joue pour toi ?

Ma meilleure progression fut dans le jeu 1vs1 – il fut un temps où c’était ma plus grande difficulté de battre quelqu’un dans un mismatch donc je me suis plus appuyé sur mon shoot. Maintenant c’est plus facile, je suis plus petit et je veux pas dire plus rapide mais c’est plutôt de la technique. En tant qu’européens, on s’inquiète des marchés et des régles alors que là-bas il faut se détendre et danser. Quand tu captes que c’est du show time, quand tu mets quelqu’un dans le vent alors ils te laissent… c’est ce qu’ils veulent vendre et c’est le but.

Pour revenir à ta question, j’ai appris à lire l’action peu importe comment elle est, puis je regarde où et comment je peux marquer un panier. C’est ce à quoi je suis entrainé, de pouvoir shooter de partout et de tous les dribbles. Bon maintenant, je me concentre sur les positions à l’entrainement où je rate en match plusieurs fois. J’ai un peu appris aussi l’entrainement à l’américaine, à améliorer mes move, pull up, shoot après un dribble ou deux.

Toujours dans ce registre, quels sont les différences élémentaires dans le style américain et européen ?

Les difficultés élémentaires sont la qualité des joueurs et les règles. En Europe le basket est strict alors que la NBA est plus dynamique et il y a pas autant d’obstruction du jeu à cause des règles. Ça joue plus vite.

Il arrive qu’il y a aussi de mauvais matchs des arbitres mais ils voyagent autant que nous et sont fatigués aussi, ils ne sont pas des robots.

En Europe le jeu repose sur la tactique et tu espères que la tienne sera meilleure que celle de l’adversaire. Tu as plus de temps pour t’entrainer et par la même occasion de bosser les tactiques et d’étudier l’adversaire. Au US, le rythme est tel que le focus doit être sur sa propre équipe. En NBA le jeu repose beaucoup plus sur du 1 vs 1 et quand tu vois Durant, tu vois qu’il est entrainé. En NBA l’objectif est de créer un tel joueur vu qu’il est impossible à arrêter. Quand vient le 4ème quart, le résultat est à égalité, nous on est tous pareil, et la balle va vers lui et il gagne le match. C’est le principe.

En Europe les coachs contrôlent beaucoup le jeu, ce n’est pas qu’ils sont destructeurs mais le basket se comprend différemment et il n’y a pas autant de liberté dans le mouvement. Les joueurs étant meilleurs, il n’y a pas de faute facile sauf pour les superstars. Ici c’est le deuxième sport et le principe des 3 secondes défensives changent beaucoup le jeu et qu’en Europe il y aurait 400 points par match avec la même règle car les coachs adapteraient leurs tactiques en fonction. A cause de cette règle même les grands se sont perdus dans le schéma actuel.

Tu as traversé une crise de shooteur au début de la saison, tu as ressenti qu’il te manquait un peu de confiance en toi. Comment tu fais pour lutter avec ses facteurs ?

J’ai jamais perdu ma confiance en moi – si je l’avais pas, je n’aurais pas shooté mais j’aurais fait une passe. La perte de confiance est arrivé une fois lors de ma première saison chez Dule (Vujosevic). Dans le Pionir (ndlr arèna très flippante en Serbie) j’étais seul comme un fantôme mais je n’osais pas shooter.

Cette fois si c’étais un peu plus ordonné que cela. J’étais en entrainement mais j’avais du changer ma méthode d’entrainement à la musculation à cause de ma blessure au genou. J’opérais mon genou pour la seconde fois et je commençais à me demander si c’étais la fin. Cela influait sur moi, je me demandais non-stop si je pourrais retrouver mon ancien niveau. Je me suis blessé à la cheville 100 fois mais une blessure pareille, je n’avais jamais connu et j’ai finalement décidé de passer sur le billard. Puis pendant la période de rééducation de 6 semaines, quand on a tout fini correctement, un nerf commençait à s’activer. Je le signale mais ils ne trouvent pas de solution. J’ai discuté avec tout le monde, le docteur m’a dit que c’étais les conséquences de l’opération et que mon corps à traversé un trauma et qu’il se rétablirait. J’ai fait une pause de 2 jours mais je n’arrivais pas à me détendre et penser à autre chose. La douleur a disparu je ne sais comment et on a fortifier la jambe encore une semaine avant le retour dans le processus.

Pourquoi je te parle de tout ça ? Premièrement car après tout cela il ne me laissait plus m’entrainer longtemps au gymnase, ce à quoi je suis habitué, ils m’ont dit que je reviendrai en arrière si je faisais cela. Ma blessure venait d’une surcharge d’entrainement selon les médecins.

J’ai changé de méthode d’entrainement et cela avait un impact sur mon rythme en match, je sais quand je shoot si elle est bonne ou mauvaise mais je n’ai jamais perdu confiance. Il m’est arrivé à cause de la peur de ma blessure au genou que je saute sans équilibre et cela a complétement déréglé mon shoot, je shootais soit avec une raideur soit un peu trop rapidement.

Après la première opération, je n’avais pas peur mais après que mon nerf se soit endolori, j’ai longtemps attendu que la douleur se manifeste. Il a aussi fallu que je me réhabitue au jeu avec contact. Généralement c’est une bonne expérience mais je n’ai pas commencé la saison rétablie et c’est pourquoi dans la seconde moitié de la saison je n’arrivais plus à fournir l’effort jusqu’au bout.

A quoi ressemble ce changement au niveau de l’entrainement auquel tu t’appliques ?

Les entrainements sont plus courts mais plus intensifs, je fais peut-être 2 entrainement comme ça. Pendant la saison, il faut simplement doser car la fraicheur est aussi très importante. Je l’ai très vite vu dans la pratique. Après un match lors duquel je n’étais pas satisfait je suis resté seul sur le terrain mettre 200-300 shoots. Le match suivant j’ai fait un excellent match mais celui d’après j’étais déjà trop fatigué et j’ai mal joué. Il est important de trouver un équilibre et un rythme avec lequel on peut jouer toutes la saison au meilleur niveau. ■

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