La culture de l’instant : analyse d’un biais omniprésent dans la NBA moderne

Aujourd’hui, il ne sera pas spécifiquement question de nos Kings mais bien d’un phénomène qui touche le monde de la NBA et toute sa communauté. À la fois capable de nous galvaniser autour d’une performance individuelle mais aussi de trop nous attacher à celle-ci sans regarder au-delà de l’événement présent. Oui, la culture de l’instant est à la fois un cadeau et un poison dans le meilleur sport all-time. L’objectif n’est pas de remettre totalement en cause notre façon d’aimer un sport mais bien de questionner cette dernière sous ce phénomène. 

Énormément de choses sont à observer pour comprendre en quoi la culture de l’instant est un phénomène des plus ambigu dans la façon dont nous appréhendons les différentes performances et les différents événements sur la planète basket-ball. Cela nous est tous arrivé de sous-estimer la valeur sportive et technique intrinsèque d’un joueur après une période de méforme ou lors d’un mauvais match, voir lors d’une mauvaise action.

Pire encore, le respect que l’on peut avoir en terme sportif ou même envers l’Homme s’en retrouve entaché et il arrive très souvent que l’on laisse une certaine objectivité de côté pour s’abandonner à nos passions et à notre subjectivité de fan NBA. 

Des superstars clivantes

Il y a plusieurs cas dont nous pourrions parler comme celui de Russell Westbrook. Un joueur qui, quoique l’on en dise, reste très talentueux et dont le volume reste all-time (le record d’Oscar Robertson battu avec 42 triples-doubles dans sa saison 2016-2017, MVP en 2017 malgré un bilan collectif correct sans être exceptionnel et plusieurs saisons en triple-double… de moyenne !). Des défauts qui sont vérifiables et très frustrants sur le terrain nous empêchent d’apprécier les matchs de ce joueur et de profiter de son talent sur les parquets.

Un autre exemple encore plus clivant est celui de James Harden. Qui n’a jamais exulté de rage lorsque celui-ci se pense au playground un dimanche après-midi, un tir du parking décoché alors que ses coéquipiers attendent tous bêtement en le regardant ? Pourtant, sa panoplie offensive et sa façon de faire déjouer les défenses par sa technique incroyable relèvent du jamais vu et nous avons sûrement devant nous un futur hall of famer (sixième homme de l’année en 2011, MVP en 2018, all-star incontestable et des performances incroyables) en plus d’un joueur offensif all-time.

Le profil de Giannis Antetokounmpo vient lui aussi de rentrer dans cette tourmente liée à la culture de l’instant. Un joueur qui montre une domination insolente depuis 2 ans. Plusieurs MVP (2), Défenseur de l’année en titre et un joueur d’une qualité athlétique exceptionnelle, capable de scorer et de défendre contre n’importe quel adversaire. Pourtant, ses récents déboires en playoffs et son côté borné dans ses fondamentaux offensifs lui font défauts. Les critiques fusent de tous les côtés, alors que l’on pourrait simplement profiter de ce jeune joueur qui a du temps devant lui pour réussir et progresser.

Trop d’attentes placées dans les jeunes joueurs

En parlant de jeunesse, c’est bien elle qui est la plus touchée par la culture de l’instant. Les attentes sur les rookies choisis dans le top 14 de la draft sont généralement hautes et pèsent sur les épaules des jeunes joueurs qui doivent prouver immédiatement que le choix fait par la franchise est le bon. Ils doivent généralement pesés par les stats mais aussi par le jeu proposé. Le rapport en win vient par la suite mais il compte rapidement pour certains rookies envers qui beaucoup d’espoirs sont portés.

Beaucoup de jeunes joueurs ont connu des débuts « difficiles » (en terme d’attente que l’on portait sur eux) dans leur carrière comme Brandon Ingram lorsqu’il était chez les Lakers. Les comparaisons étaient nombreuses avec un certain Kevin Durant lors de sa draft en 2016 : long, physique atypique, capacité de scoring hors-norme et sur n’importe qui, mécanique de shoot impeccable, mobilité très intéressante et un handle très honnête. Pourtant, son passage dans la franchise pourpre et or a été le signe de doute pour certains au fur et à mesure (de plaisir pour d’autres, LakersFR pourra attester).

Le talent était indéniable, il pouvait montrer qu’il était promis à un avenir radieux mais son manque de confiance, l’irrégularité ainsi que les déceptions collectives des Lakers au fil des saisons l’ont quand même fait passer de potentiel star qui peut tout détruire en NBA à comparaison avec un certain Kyle Kuzma dans certaines mentalités douteuses. Aujourd’hui chez les Pelicans, On voit bien que les attentes autour de lui étaient fondées mais il lui a fallu un peu de temps pour y répondre. Il est considéré aujourd’hui comme un potentiel all-star indiscutable et futur grand joueur de cette ligue. 

Le cas Marvin Bagley

Nous connaissons aujourd’hui la même chose avec Marvin Bagley III (il n’est pas en comparaison avec Brandon Ingram, très loin de là). Du talent, il y en a et nous l’avons vu lors de sa saison rookie. Les comparaisons avec Luka Doncic et Trae Young sont légions alors qu’ils sont dans un registre de jeu mais aussi dans des situations et cadres différents (Patrons indiscutables de leur équipe, franchises plutôt saines au niveau sportif, coachs qui savent développer les joueurs avec Carlisle et Pierce).

Bagley arrive dans une franchise instable malgré une saison 2018-2019 encourageante sur le terrain, un propriétaire qui contrôle chaque fait et geste en plus d’une situation très hasardeuse sur le plan sportif. Surtout, il est présenté comme étant une pièce importante mais pas LA pièce, une confiance en lui et une adaptation du jeu différentes donc.

Ses blessures n’ont sûrement pas aidé et il doit aujourd’hui, dans les mentalités, se mettre à la hauteur de ces deux futurs monstres du basket-ball après une saison quasi-blanche. S’il ne le fait pas (et c’est le cas aujourd’hui), alors le mot « bust » arrive très rapidement, le ton moqueur dans un second temps ainsi que les questions et débats incessants véhiculés par les médias (qui ont une part très importante dans la création de cette culture de l’instant). Le 2ème choix de draft est-il un peu trop haut pour lui? Peut-être. Toutefois, on ne doit pas oublier que ce joueur a du talent et peut avoir un bel avenir. Par contre, il n’excuse en aucune façon son début de saison poussif, cela a déjà été abordé.

Un phénomène inévitable ?

Tout cela pour quoi finalement ? Cette culture de l’instant est inhérente à notre condition de fan car entretenue par nombre d’entre nous et véhiculée par les médias NBA. Cependant, il faut savoir prendre du recul et analyser l’entièreté de la carrière d’un joueur en plus des événements qui ont forgé les péripéties de celle-ci. Il faut s’armer de patience (pas trop car certains joueurs même après des années restent claqués), analyser plus finement ce que nous adorons contempler dans ces nuits endiablées par le bruit des filets et les percutions que le ballon offre sur le parquet.

Le plus important? Il faut savoir apprécier ce sport dans son jeu et surtout dans les talents qu’il nous propose, profiter des joueurs talentueux qui sont encore en activité et que nous chérirons à l’avenir pour les souvenirs qu’ils laisseront derrière eux. Aimer la balle orange, bien sûr mais l’aimer avec raison serait encore mieux. Difficile pour les passionnés que nous sommes… 

Crédit photo : NBA.com

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